KPoint

Abd Al Malik

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Genre malléable au possible, le rap est passé, depuis plus d’une trentaine d’années, par tous types d’hybridations plus ou moins réussies, piochant ci et là ses influences dans la musique électronique, le raï, le blues ou la chanson française. Malgré quelques timides tentatives, la fusion avec le rock n’a pourtant jamais su s’imposer de manière définitive, freinée d’une part par la rigidité de certains codes de la musique rap, et d’autre part, par la frilosité d’un milieu hip-hop pas forcément capable d’appréhender naturellement des influences qui semblaient trop éloignées des siennes. Les bouleversement récents qu’a connu le rap, à travers l’arrivée de la trap et de la cloud music, ont cependant permis de briser un certain nombre de barrières, et d’ouvrir la voie aux prises de risques les plus audacieuses. L’arrivée dans le game de KPoint, un rappeur qui a grandi en écoutant Jimmy Hendrix, Billy Paul et Nirvana, pourrait définitivement changer les règles du jeu, grâce à Trap’N’Roll, un nom qui correspond à la fois à ce genre nouveau qu’il invente titre après titre, et à son premier véritable projet solo, dans les bacs le — novembre.

L’histoire de KPoint démarre en plein été 1990, à 5000 kilomètres de Paris : né au Cameroun, il y passe les premières années de sa vie. Sur place, il baigne dès son jeune âge dans un environnement où la musique tient une place centrale : son père, guitariste sous le nom de Johnny Sombrero, se produit régulièrement sur scène. Jeu d’imitation classique mais déjà plein de sens, le gamin s’amuse alors à reproduire les gestes de son paternel avec une guitare sans cordes. Arrivé en France à l’âge de sept ans, KPoint pose le pied dans le 18ème arrondissement parisien, avant de d’aller s’installer dans le 91 quelques années plus tard -un coin qu’il n’a pas quitté depuis.

A cette époque, un tout jeune KPoint se retrouve inscrit au conservatoire par son père, qui a décelé en lui l’étincelle d’un véritable musicien. Peu discipliné, et peu enclin à fournir les efforts nécessaires, le pré-adolescent abandonne pourtant rapidement l’idée : à l’image d’une petite rockstar, il ne s’épanouit qu’avec une liberté de mouvement maximale. Le seul instrument qui l’intéresse alors est la guitare, et son apprentissage ne nécessite pas les codes strictes d’une école de musique : tout se fait très naturellement, à la maison, sans qu’un cadre trop rigide ne vienne le refreiner. En observant son père pratiquer, il comprend la mécanique du jeu. Avec lui, il écoute Jimmy Hendrix, les Beattles ou Billy Paul, acquérant rapidement une culture musicale aussi riche que variée.

Mais comme tout garçon de son âge issu d’un quartier populaire de l’Essonne, KPoint se retrouve également confronté à la musique rap, qu’il appréhende tout aussi naturellement. L’ambivalence entre ses influences familiales d’une part, et celles de ses camarades d’autre part, lui permettent de travailler, presque inconsciemment, son oreille musicale, et de devenir un auditeur particulièrement ouvert. Adolescent, il découvre notamment Salif, un rappeur lui aussi tiraillé entre son quotidien de jeune de cité, et ses influences musicales très larges -l’amenant notamment à produire de véritables morceaux rock sur la fin de sa carrière. Après avoir acquis très naturellement la maîtrise de la guitare à la maison, KPoint se dirige alors tout aussi instinctivement vers le rap : sans grandes ambitions, il se prend au jeu de la création artistique.

Rappeur/beatmaker dans son quartier, guitariste amateur à la maison, lycée le reste du temps, il multiplie les casquettes sans réellement prendre quoi que ce soit au sérieux. Avec le groupe 130 ZombiZ, il fait ses premières armes, tourne ses premiers clips. Pourtant sa musique, tout comme sa vie, manque encore de sens. Sur le plan du rap, ses ambitions sont quasiment inexistantes, et malgré deux projets confidentiels (l’un en groupe, Raiders, l’autre en solo, Empire) il est encore loin de se démarquer de la masse ; sur le plan professionnel, sa personnalité hors-cadre l’empêche de conserver un emploi sur le long-terme. A l’image d’une rockstar bordélique, il risque alors de gâcher aussi bien son talent que sa vie. Une rencontre va alors tout changer.

En 2016, il est ainsi repéré, lors d’un passage en studio, par Krim, fondateur de la structure 432. D’abord attiré par les qualités de rappeur de KPoint, Krim remarque rapidement que le jeune homme est également un guitariste chevronné. Audacieux, il imagine alors une combinaison improbable entre trap et guitare. Si l’idée surprend, elle est pourtant rapidement adoptée par KPoint, qui entrevoit la possibilité de marier ses deux passions. Encore très déstructuré, il est peu à peu cadré par son équipe, qui tente de le dompter. De son côté, le rappeur intègre progressivement les exigences de la musique lorsqu’elle se pratique à un niveau professionnel.

Dans le même temps, il appréhende petit à petit les spécificités de la combinaison entre trap et guitare, mariant sa voix à des influences rock, blues, et même métal. Après une période de recherche artistique, son style s’affine peu à peu, jusqu’à dépasser un stade que la plupart des artistes passent leur vie à espérer atteindre : KPoint finit ainsi par créer, seul, son propre genre musical, respectant d’une part une tradition courant de Jimmy Hendrix à Nirvana ; et innovant, d’autre part, en bouleversant de manière brutale et définitive des codes trop longtemps supposés immuables. La trap’n’roll est née, avec pour seul interprète un rappeur plus proche de Metallica que de Tupac. Mais la partie est encore loin d’être gagnée, et Kpoint, malgré des qualités qui sautent aux yeux et des facilités évidentes, doit encore se faire violence pour passer du stade de talent naturel à celui d’artiste confirmé. Il doit par exemple passer outre sa mentalité de jeune du 91, spontanément peu enclin à se mélanger, et suivre les conseils de l’équipe 432, qui le pousse à accepter les featurings et les collaborations, afin d’élargir son registre et se confronter à d’autres talents de sa génération : Leto (PSO Thug), Ninho …

Un gain de professionnalisme qui profite aussi bien à la qualité de sa production artistique qu’à sa notoriété, qui s’installe doucement mais surement. Après une série de clips en partenariat avec Dailymotion, il passe notamment la fameuse barre du million de vues, avec le titre HuuH : un chiffre symbolique, mais ô combien important à l’heure actuelle dans le rap français. En quelques mois, Kpoint se construit une solide réputation, qui se concrétise par l’invitation de Fianso à venir se frotter aux autres rappeurs de sa génération dans la fameuse série de freestyles Rentre dans le Cercle. Accompagné de sa guitare, le trap-rockeur dénote au milieu de ces rappeurs venus uniquement pour kicker, et livre une prestation impressionnante, qui marque les esprits des auditeurs et attise leur curiosité.

Entre-temps, Kpoint a entrepris un travail de longue haleine en studio : motivé à l’idée de produire son premier véritable projet sérieux, il y passe chacune de ses nuits pendant des mois, cherchant sans cesse la bonne formule pour réinventer la trap, sans jamais perdre de vue ses influences issues du rock’n roll et du blues. Un jour, il termine sa séance studio en attrapant sa guitare pour rejouer un solo de Jimmy Hendrix -une manière comme une autre de se détendre après de longues heures à pousser sur sa voix. Choqué, l’ingénieur du son présent sur place confie qu’il aurait lui-même été incapable de jouer ainsi. La preuve que malgré tout le travail entrepris pour ajuster au mieux son propre style, Kpoint a conservé l’instinct pur des grands noms de la black music.

Très logiquement intitulé Trap’N’Roll, ce premier véritable projet réellement ambitieux de KPoint se présente à la fois comme la somme de toutes les expériences qu’il a accumulé depuis 27 ans, et comme une carte de visite supposée le présenter à un public français de plus en plus ouvert aux hybridations musicales. Carrefour d’influences à lui seul, Kpoint chante, rappe, multiplie les adlibs, et pose aussi bien sur des prods trap en plein dans la tendance que sur des instrus dépouillées avec une guitare pour seul habillage, allant même jusqu’à s’aventurer sur des sonorités club ou carrément rock, à l’image de ce solo de guitare électrique à la fin de Chambre 667.

Comme pour poser tout de suites les bases de la suite, l’album Trap’N’Roll s’ouvre sur le titre Simuler, un excellent condensé de l’ensemble des dix-sept pistes suivantes : une prod jouée à la guitare, un flow inspiré par la trap, et un refrain particulièrement porteur, qui emmène immédiatement l’auditeur en balade. Malgré tout, Kpoint remet immédiatement les choses au clair, en clamant d’entrée “j’suis pas dans le game, j’suis dans ma cité” : avant d’être un rappeur, il est avant tout un jeune de son quartier, et il ne compte pas l’oublier. Dans la même veine, des titres comme Chute Libre ou Dernière Page oscillent entre une forme plutôt douce et engageante, et un discours plus dur, racontant les vicissitudes et le quotidien de la vie en cité (“j’gratte mes textes et j’attends le client”). Sur Hors-Norme, l’un des derniers singles en date, KPoint prend le temps de revenir sur les origines de son aisance à la guitare : “depuis le berceau, par la guitare de mon daron, bercé”.

Qu’il insiste sur cet instrument, accompagné de choeurs, comme sur le titre Légende, ou qu’il se tourne vers des sonorités trap plus classiques, comme sur Plus de Freins ou Delorean, KPoint joue avec ses ambivalences, s’aventurant tour à tour vers des thématiques introspectives (De l’ombre à la lumière) ou vers de l’égotrip (Dernière Page), tout en prenant le temps de se lâcher complètement, comme sur Club ou sur Biwiwesh, deux morceaux sur lesquels le rappeur et ses invités donnent l’impression d’être en pleine récréation, entre deux titres plus pesants. Capable d’appréhender tout type de prod et d’installer tout type d’ambiance, le trap-rockeur exprime également toute sa mélancolie à travers des titres comme Delorean ou Coeur de Pierre, un texte sombre qui vient s’accorder à merveille avec une mélodie dépouillée et un refrain particulièrement porteur, plus proche de la grande tradition de la chanson française que d’influences rap plus classiques.

Jeune négro fait du blues”, chante Kpoint sur le single Trap’N’Roll, qui donne son nom à l’album. Fier de porter tout l’héritage de la black music en lui, sans pour autant perdre de vue sa réalité de jeune de cité baignant dans un environnement rap, le rookie le plus prometteur de ces dernières années s’apprête à aujourd’hui à franchir la première grande étape de sa carrière. Le pari est risqué, mais le jeu en vaut la chandelle : avec son talent et son ambition, KPoint pourrait définitivement changer les règles du rap game. Pour un garçon qui était bercé à la guitare dès le berceau, et qui trouve autant l’inspiration chez Metallica que chez Salif, rien ne semblerait plus naturel.

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